La Corée du Sud et le Covid-19

Ca y est, la presse ne parle plus que de la Corée du Sud, l’évoquant clairement comme le modèle à suivre. Voici donc l’opinion qui semble prévaloir.

« C’est donc un bon modèle, pour tous les pays. » La Corée du Sud a « agi vite et bien. »

Marylouise McLaws – Université de Nouvelle-Galles du Sud

Sans plus de réflexion, simplement au vu des résultats. La fin justifie les moyens.

Et de citer le comportement des Sud-Coréens, respectant les consignes qui leur ont été données par leur gouvernement. Personne pour poser le problème suivant :

  1. pourquoi notre gouvernement ne prend pas les mêmes mesures ou ne les fait pas respecter de façon aussi stricte ?
  2. pourquoi de toute façon, s’il les prend, cela n’aura pas du tout le même résultat qu’en Corée du Sud ?
Prévention, détection : les grands moyens

Laissons de côté le biais énorme des chiffres sud-coréens, lorsque l’on sait qu’une bonne partie de la population atteinte par le virus sont des jeunes femmes, donc une population dans laquelle la mortalité est très faible.

Je veux attirer l’attention sur la population française, sur ses réactions face à la crise sanitaires, comprendre en quoi sud-coréens et français sont-ils si différents, et poser des questions sur les conséquences en cas de crise réellement grave (comme la crise économique où vont nous plonger les décisions de nos gouvernants, qui n’ont à mon avis pas idée de l’ampleur possible ou des conséquences).

Première question

Pour prendre les mêmes décisions, mettre en place les mêmes mesures, il faudrait bien sûr pouvoir le faire. Avec le démantèlement de notre système de santé et l’endettement de notre Etat, c’est totalement impossible. Il y a quelques mois encore, notre ministre de la Santé évoquait que tout va bien, nous avons tout ce qu’il faut pour réagir en cas d’épidémie, les masques, l’accueil et les services médicaux. Pur mensonge (ou pure incompétence). Nous n’avons pas, et n’aurons sans doute plus jamais ou pas avant très très longtemps, les moyens d’agir de la Corée du Sud.

A défaut d’avoir les mêmes moyens de prévention et de détection, il nous reste le confinement. Et ça marche comme ci – comme ça, nous sommes en France.

L’électoralisme est un mal français. Pas exclusivement français bien sûr, l’électoralisme est presque le mal inhérent aux soit-disant démocraties que sont les « démocraties représentatives ». C’est encore plus vrai si ceux qui sont au pouvoir ont une réelle opposition, qui existe, peut s’exprimer et se faire élire, et plus encore si la vie politique repose sur une opposition largement fictive droite/gauche, conservateurs/travaillistes, républicains/démocrates, avec des alternances traduisant juste le mécontentement contre ceux qui exercent à un moment donné le pouvoir.

L’électoralisme est ce qui rend presque impossible le parler vrai, et surtout la moindre exigence. Exactement comme le parent craint de perdre le peu d’autorité et de crédibilité qu’il a sur son enfant ainsi que son affection s’il lui interdit quelque chose, le gouvernement craint pour son image et donc sa réélection. Il faut donc faire quelque chose pour dire que l’on a fait quelque chose, mais pas faire vraiment quelque chose, car cela fâcherait.

Et plus les français portent au pouvoir des gens qui les flattent et leur mentent, plus les politiciens français se sentent donc tenus, pour « réussir », de caresser le peuple dans le sens du poil, de lui cacher la vérité, voire de le désinformer pour qu’il ait le sentiment que tout va bien.

A la limite, il veut bien prendre des décisions plus strictes et contraindre la population, mais avec le minimum de moyens et de mesures pour faire respecter les contraintes, pour ne pas mettre trop la pression. Le mécontentement serait mauvais pour la réélection. Et on en arrive à la deuxième question.

Deuxième question

Dans les pays d’Extrême-Orient, Chine, Japon, Corée…, le respect du gouvernement, de l’Etat, le sentiment de la collectivité est fort. Quand vous prononcez le nom du pays, personne n’ose se moquer ou brandir le drapeau d’un autre pays. En France, nous avons tout vu, cracher, pisser sur le drapeau français, le brûler, le piétiner, huer ou siffler la Marseillaise, avec les gestes appropriés. Vous allez dire que cela est le fait de certaines populations « pas encore bien intégrées ». Pas du tout. Parlez de la France, de son identité, de sa culture, de son peuple, à nombre de français « de souche » : au mieux vous n’avez qu’une réaction sceptique, au pire vous voilà traité d’extrémiste de droite, de fasciste, de nazi. Et oui. C’est ce peu d’estime de nombre de français pour leur propre pays qui explique l’attitude de trop d’étrangers en France, attitude tolérée lorsqu’elle n’est pas même encouragée par certains intervenants systématiquement invités dans les médias de masse, ou certains rappeurs. La France c’est de la merde (avec des nuances et le bon choix de mot), c’est le discours dominant. La France c’est une belle nation, voilà le discours clairement minoritaire et ostracisé.

Il est totalement irréaliste, à moins de se donner les moyens propres aux dictatures, d’attendre des français un comportement « en bon ordre de marche » pour traverser ensemble la crise sanitaire. Une autre solution serait de jouer sur la peur, mais pour cela, il faudrait ne pas hésiter à faire circuler de fausses informations propres à engendrer une peur suffisante pour que les comportements suivent ce qui est attendu. Et ceci au risque de voir d’autres comportements apparaître, liés à la panique provoquée, et ceux-là pas du tout souhaités. Pas évident, aujourd’hui, les gens comparent avec d’autres informations sur internet. Il vaut mieux s’attendre à voir notre gouvernement tenter de cacher des informations en cas de crise grave que de faire passer des fausses informations en cas de crise « pas assez grave » pour déclencher des réactions largement imprévisibles (ou peut-être justement, trop prévisibles).

L’attitude des français aujourd’hui, c’est très largement « chacun pour soi » et « si je peux ne pas me faire prendre, je le fais ». Et je ne vous parle pas des raisonnements les plus nuls pour ne pas porter de masque, alors qu’on est en contact avec le public, susceptible d’être contaminé et de contaminer les autres.

De toute façon, en temps normal, nous avons accepté que des populations vivent en France sans avoir d’égard particulier pour la France ni de respect pour ceux qui y résident déjà, nous avons renoncé à avoir auprès de nombreuses populations une action visant à l’éducation, à la responsabilisation, à l’intégration sociale. En temps de crise, nous récoltons ce que nous avons semé, ce que nous semons en permanence : en admettant que les jeunes bobos acceptent les contraintes demandées, dans les banlieues, une importante population n’en a rien à faire.

Moi qui vit dans une banlieue bourgeoise tranquille, je vois certains jeunes issus de l’immigration, sûrement pas méchants, mais qui n’en ont rien à faire des consignes de confinement, se réunissent, jouent, et traversent cela sans se sentir concernés par la pandémie, impliqués contre la diffusion du virus. C’est même plutôt sympathique de les voir continuer à vivre et même d’échanger quelques mots avec eux (de loin). Mais pas rassurant si on imagine que le virus pourrait être bien plus dangereux. Le gouvernement, déjà que moi je fais le tri dans ce qu’il dit et exige, ces jeunes n’en ont rien à faire. Les informations, ils peuvent passer largement à côté, et s’ils sont informés, ils continueront tout de même leur existence, en essayant simplement de ne pas se faire prendre.

De nombreuses populations, en France, cela va de la bourgeoisie à certaines populations immigrées, ne sont pas des gens qui obtempèrent. Leurs intérêts personnels passent devant l’intérêt du plus grand nombre. Il n’y a pas quelque chose de collectif, un sentiment d’appartenance, un sentiment de solidarité, un sentiment d’interdépendance, qui unit les populations vivant en France aujourd’hui. Nous avons de plus en plus un amalgame de populations, un amalgame d’individus, des classes sociales en conflit d’intérêt qui occultent ou ignorent ce conflit, des populations aux intérêts convergents que l’on monte les unes contres les autres pour faire le jeu de ce qui sont au pouvoir et de ceux qui le visent.

Cela ne fait pas, comme en Corée ou dans d’autres pays, un peuple sur lequel on peut compter, un peuple auquel on sait qu’on peut demander quelque chose en lui expliquant pourquoi, et dont on sait qu’il agira comme une collectivité intelligente.

Nous avons, en France, comme dans bien d’autres pays aujourd’hui atteints du même mal, à repenser ce qu’est une société, à interroger nos valeurs, nos intérêts, nos attitudes. Comme dirait Jean-Jacques Rousseau, nous devons sérieusement repenser notre « contrat social », celui qui a cours en ce moment nous mène droit à la faillite générale dès qu’une crise importante se présentera. D’ailleurs celle-ci ne fait que commencer. Attendons de voir. Les experts officiels, voyant le dommage économique actuel, remontent jusque mai 68, d’autres jusque 1945. Dans quelques jours, ne nous diront-ils pas que finalement, la crise de 1929 n’était qu’une promenade de santé ?

Pour cette fois-ci, face à un virus peu dangereux et à une crise économique que l’on souhaite limitée, la société française pourra peut-être s’en sortir. Mais la prochaine fois, avec une « vraie » maladie (j’espère que vous comprenez l’usage du mot et des guillemets), avec une vraie crise sociale qui balaie tout et laisse une bonne partie de la population sans emploi, sans argent et sans moyen de subsistance, alors nous allons découvrir ce qu’est la « société » française et de quoi elle est capable. Et cela ne sera pas beau.

Troisième question ?

Bonus. Je ne pouvais pas clore cette article sans évoquer la réalité que notre gouvernement occulte ainsi que nos médias. La France est un pays à bout de souffle, endetté au-delà de l’imaginable, qui a au fil des décennies sacrifié son système de santé. Bien évidemment, cette dette a des conséquences énormes sur nos dirigeants, même s’ils font semblant, en période électorale (c’est-à-dire presque toute le temps), d’avoir les mains libres et de pouvoir décider. La Corée du Sud est un pays nouveau, peu endetté (comparé aux pays occidentaux), qui a bâti un système de santé efficace. Autrement dit, le gouvernement coréen peut compter sur son système de santé, sur la prévention massive, la détection massive, les soins immédiats, et peut ainsi dispenser sa population des mesures les plus extrêmes de confinement auxquelles les autres pays sont contraints.

C’est fou ce qu’on peut faire comme choses lorsqu’on est un pays riche et bien organisé, comme on est vite à cours de solutions quand on est pauvre et désorganisé. C’est ce petit pays, entre autres, qui fournit les masques de la France et de nombreux pays occidentaux.

Non, il n’y a aucun miracle en Corée du Sud. Mais rien qui puisse servir de modèle à la France tant que nous ne transformons pas en profondeur notre société, notre politique, notre culture. Aucun des secrets de la Corée du Sud n’est un secret, mais aucun n’est applicable en France. On ne peut par décret :

  • faire de la France un pays riche (ou dont la richesse profite à tous et non à une petite minorité qui détient le pouvoir… ou la dette du pays)
  • d’un système médical dont on laisse se déliter la partie publique et que l’on fait peu à peu passer au privé, faire un système solide au service du pays
  • et faire de la population française une population capable de réagir de façon en temps de crise en fonction de l’intérêt commun.

Voir plus loin…

Nous avons consacré l’essentiel de cet article a mettre en évidence les différentes essentielles entre « la population sud-coréenne » et « les populations résidant en France ». Mais quelles implications cela peut avoir en cas de crise grave, comment peut-être la crise économique qui va s’en suivre et les mesures que l’Etat français prendra ?

J’en vois 2 possibles, qui ne me réjouissent guère :

  • La délation :

    Après avoir mis en place un état de choc, d’inquiétude au minimum, de peur dans l’ensemble, de panique parfois, après avoir monté les populations les unes contre les autres et leur faire se rejeter l’une l’autre la responsabilité des problèmes, après avoir instauré un contrôle social fort corrélatif, et nous basant sur l’expérience de l’occupation allemande, il paraît évident que la délation fonctionnera bien, très bien peut-être. Les gens en arriveront, en tout bonne conscience, à se faire complices des pouvoirs en place, et à dénoncer ceux de leurs semblables qui ne respectent pas les ordres de l’Etat. Certains individus se sentiront même certainement fiers de contribuer à la surveillance et au contrôle de l’Etat contre les dissidents qui sont bien sûr la menace, le danger. L’Etat pourra ainsi faire des économies de « sévice public » sur son système de contrôle social, les individus assurant la dictature eux-mêmes.

    Moi-même qui suis des plus sceptiques vis-à-vis des mesures de nos gouvernants, je mériterais bien d’être dénoncé, si les principaux systèmes de contrôle n’étaient déjà au courant de ce que j’exprime. Mais je ne me cache pas, et je peux vous dire, d’après les actions tentées contre ce simple blog, que ce n’est plus la peine d’en rajouter, je suis repéré, comme je le suis par mon encadrement dans mon entreprise. Dans les années 1970, pendant la Dictature des Colonels, chaque étudiant grec à Paris craignait que tout autre étudiant grec ne fût un espion du gouvernement militaire destiné à signaler ceux qui s’opposaient à la dictature. Les français n’ont pas encore eu la chance de goûter cette ambiance sociale. Ca vient.
    .
  • Les conflits civils :

    En situation de crise et de pénurie, les tensions ne peuvent que croître entre les diverses populations (tant qu’on se trompe de coupable et de cause), et on peut imaginer que les conflits au sein des populations de France se multiplient et s’accroissent. Tout est imaginable, et nous avons déjà tout vu dans le passé proche : employés du privé contre fonctionnaires, sans emplois contre employés, cadres qui s’en sortent contre employés qui survivent difficilement, français contre étrangers, musulmans contre non-musulmans, nomades contre sédentaires, ruraux contre citadins, jeunes contre vieux… Ce qui reste de solidarité et est assez peu, si nous n’y prenons garde, pourrait fort bien disparaître, et laisser place à du chacun pour soi et à des communautarismes exacerbés, à des racismes multiples.

    Et si des conflits apparaissent, je vous laisse imaginer qui en sortira vainqueur, d’une population assoupie, individualiste et peureuse, ou de populations habituées à la précarité et à la violence, ou d’autres portées par une idéologie religieuse , beaucoup plus solidaires et actives. Et comme nous le voyons déjà aujourd’hui et depuis des dizaines d’années, il ne faudra alors compter ni sur l’Etat ni sur les forces de l’ordre qu’il contrôle pour soutenir les plus faibles et défendre la paix civile.
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Un Charlie Hebdo qui pourra redevenir d’actualité ?

Le but de nos gouvernements successifs, pas dans les discours bien sûr, dans les actes, est depuis longtemps (après 1968, de façon évidente, mais déjà avant) de diviser : mission accomplie avec brio ! Il n’y a plus de « population française », et nous allons maintenant le découvrir.

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