Pandémie et crise économique : une opportunité à saisir !

Qui ose critiquer notre système actuel ?

Il y a 100 ans, la critique de notre système économique était le fait de la gauche, du Parti Communiste notamment. Et ce ne fut guère convaincant puisque l’URSS mis en place un système économique semblable en bien des points à celui des Etats-Unis, la différence principale étant qui possède les moyens de production, l’Etat ou le privé.

Il y a 50 ans, les conséquences de notre système économique commencèrent à être pointées par certains scientifiques et experts, ainsi par des ONG. Souvent isolés, sans grand écho, ils constataient sur le terrain les dégâts causés, pour certains déjà irréversibles ou difficilement réversibles (désertification, contamination radioactive, épuisements de ressources, disparitions d’espèces…).

Mais aujourd’hui, le questionnement vient même… des organismes officiels liés à nos Etats et à notre organisation mondiale ! Et si discours de circonstances et les sommets se multiplient, permettant de croire qu’on fait quelque chose, rien de concret ne change, ou si peu que les prévisions pessimistes s’avèrent dépassées par la réalité. Etats et entreprises continuent globalement dans la même direction. Les dernières discussions avec mes collègues m’ont montré à quelle point la conscience des individus est centrée sur les conséquences (le confinement et la crise économique qui en résulte), car cela est très concret pour eux. Et à quel point cette conscience est fort éloignée des causes effectives de nos problèmes, car cela demanderait d’avoir reçu d’autres informations, d’y avoir porté un autre regard, et de s’intéresser à ce qui ne nous touche pas dans l’immédiat, alors que l’immédiat nous accapare pleinement.

Si nous sommes ici sur LinkedIn [cet article a été créé sur LinkedIn], c’est parce que nous sommes actifs, nous avons un travail ou en cherchons un. Et donc notre intérêt, c’est que l’économie fonctionne, et fonctionne bien. Mais seront-nous satisfaits si l’économie reprend et que dans 3 ans tout s’effondre, à la prochaine pandémie ou pour tout autre raison ? Seront-nous satisfaits si l’économie tient jusque notre retraite, mais que pour nos enfants, le monde deviendra un enfer ? J’ai été victime du computavirus à 22 ans, je suis toujours émerveillé par ce que l’ordinateur peut faire, je n’ai pas envie de retourner à l’âge de pierre pour m’écraser les doigts en taillant mes outils ou en allumant le feu. Mais demander que les immenses pouvoirs que nous confèrent nos technologies laissent la planète, le climat, les écosystèmes en état pour encore quelques millénaires, est-ce trop demander ? Après nous le déluge, est-ce cela notre logique ? Je veux pouvoir croire dans dans 40 ans, ou dans 4000 ans, ou dans 4 millions d’années, nos descendants seront toujours là, sur une planète habitable, avec une économie qui satisfait les hommes comme elle respecte les grands équilibres dont ils dépendent. Qu’ils puissent lire dans les livres d’histoire qu’en 2020, suite à une épidémie, il y eut une prise de conscience généralisée, à la fois de la fragilité de notre système économique et des équilibres encore plus globaux qui le dépassent, et un changement suite à cette prise de conscience.

Nous avons besoin d’un modèle économique durable.

Rien que la sécheresse et la canicule redoutées pour cet été : que croyez-vous qu’il puisse se passer, comment notre système médical déjà poussé à sa limite et notre économie en détresse pourraient réagir ? Pas besoin d’un rebond de l’épidémie, il y a hélas tout ce qu’il faut sans virus. Sécheresse sans précédent au Chili, incendies sans précédents en Australie, en France, un mois d’avril incroyablement sec, et sur toute la planète, 2020 bât déjà des records de température…

Nous avons de la chance avec le covid. Tous les experts médicaux et scientifiques le disent : ça aurait pu être bien pire, avec un virus bien plus létal et bien plus contagieux. Bien pire, et pourtant nous constatons déjà où en est notre économie, alors que nous n’apercevons pas encore toutes les conséquences du confinement et du ralentissement économique ! Des virus plus dangereux, biologistes et médecins nous disent c’est par milliers que la nature nous en réserve.

Et donc, si nous commencions à écouter attentivement ce que nous disent scientifiques, experts, ONG et même maintenant nos organisations « officielles » au plus haut niveau mondial ? Tous tirent le signal d’alarme, parfois depuis des décennies, avec des arguments hélas bien solides.

Changer n’est pas une option

Seulement voilà, cela bouscule notre organisation économique actuelle, nos habitudes, nos certitudes. Ce qui a marché pendant longtemps et à quoi nous nous sommes habitués ne marche plus ou ne peut continuer. Notre défi est d’abord d’ouvrir les yeux, puis de comprendre, puis de s’interroger sur nos objectifs de vie : quel monde voulons-nous ? Ensuite, les solutions viendront, elles sont nombreuses, elles n’attendent que nous. Depuis un-demi siècle que nous retouchons notre système pour apporter des solutions, les problèmes s’accélèrent, tout va bien plus vite que prévu. Il ne suffit donc pas de bricoler notre système par quelque détails accessoires (la taxe carbone…) mais le transformer profondément. Il est basé sur des principes qui ont assuré l’expansion de l’humanité pendant les 3 derniers siècles, et maintenant que nous sommes arrivés au bout des ressources de la planète et de sa capacité à encaisser les coups que nous lui portons, nous devons repenser ce système pour qu’il continue à assurer la vie de l’humanité.

Moi qui travaille en informatique, on me rebat les oreilles avec ce mot : « Agilité ». Et bien peut-être est-il temps que nos gouvernants et nos dirigeants d’entreprises s’y mettent également. La capacité à prendre en compte le feedback de la réalité, la capacité à y réagir et à changer de cap ou de démarche, la capacité à apprendre se ses expériences et notamment de se erreurs. Darwin a clairement exprimé ce principe : ceux qui s’adaptent survivent, voire prospếrent, les autres finissent par disparaître…

Comment transformer l’économie pour qu’elle permette une vie durable (et enviable) sur notre planète, au lieu de nous projeter dans le mur à une vitesse sans cesse plus grande, et alors que nous en percevons tous les effets, les catastrophes climatiques, écologiques et sanitaires de plus en plus fréquentes ?

Voilà notre défi, si nous sommes comme nous le prétendons une espèce intelligente, et il n’est pas de meilleur moment que cette crise pour s’informer, réfléchir, et imaginer la société de demain et une économie nouvelle. De toute façon, si nous n’en profitons pas maintenant, tout le monde est d’accord, nous n’aurons plus beaucoup d’autres moments avant que la situation échappe à tout contrôle.

Et donc quelques informations

Voici quelques liens qui nous rapportent ce que veulent nous dire ces organisations « sérieuses », pas communistes, anarchistes, altermondialistes : l’ONU, j’imagine que tout le monde connaît. L’OMS, Organisation Mondiale de la Santé ? L’OMM, Organisation Météorologique Mondiale (OK, c’est moins connu) ? Ces organisations et d’autres moins connues ou plus locales sont l’émanation de nos sociétés, les gens qui en font partie n’ont aucun intérêt à bouleverser notre économie et nos modes de vie. Ils n’en ont sûrement aucune envie. Mais ils regardent la réalité en face, et leurs indicateurs sont au rouge depuis bien trop longtemps !

Voici donc quelques articles. Ils peuvent, si on découvre tout cela d’un coup, susciter une certaine inquiétude. Mais nous sommes adultes, et donc capables d’affronter nos peurs lorsqu’il s’agit de notre intérêt, de celui de nos enfants et des générations qui nous suivent :

  1. Pandémies et biodiversité : l’avertissement solennel de quatre experts de l’IPBES (Actu-Environnement)
  2. Le changement climatique va stimuler les pandémies et autres menaces sur la santé (Reporterre)
  3. Les scientifiques attendent la prochaine pandémie mondiale. Elle pourrait venir d’un simple rhume (UP Magazine)
  4. Le coronavirus pourrait être une partie de plaisir à côté des maladies futures (20 Minutes)
  5. La prochaine pandémie est prévisible, rompons avec le déni de la crise écologique (Libération)
  6. L’arrivée de la prochaine pandémie n’est qu’une question de temps (Slate)
  7. Quand la finance parie sur les pandémies (L’Expansion-L’Express)
  8. CO2 et virus oubliés : le permafrost est « une boîte de Pandore » (France Culture)
  9. ONU Info : Le Covid-19 ne doit pas faire oublier le réchauffement climatique, alerte l’OMM
  10. Climat : plus une minute à perdre pour éviter la catastrophe, alerte l’ONU (L’Express)
  11. L’ONU alerte sur l’urgence climatique et dénonce dix ans de procrastination (Novethic)
  12. Climat : l’ONU alerte sur de nombreux « phénomènes météorologiques extrêmes en 2020 » (RTL)
  13. Portail de la Collapsologie : les divers scénarios d’effondrement possibles

Allons-nous financer les prochaines édidémies ?

Une des premières conséquences qui semble logiquement s’imposer de ces informations et constats est que nos Etats doivent encourager, dans notre économie, les entreprises qui respectent le mieux l’environnement et impactent le moins le climat, et sûrement pas venir en aide aux entreprises dont l’impact est maximal et sont pour une large part responsable du dérèglement planétaire, et entre autres, de ces nouvelles pandémies. La logique voudrait même que l’on impose aux entreprises qui dégradent notre environnement des contraintes à la mesure des nuisances qu’elles causent, voire que l’on interdise leur activité si aucun moyen n’est trouvé pour que cette activité soit durable et ne nous mène pas droit dans le mur.

Ce n’est pas une question de choix économique ou de religion politique, c’est une question de survie ! Nous avons l’essentiel de la communauté scientifique, des experts, et maintenant des organisations les plus officielles produites par notre système, qui nous le disent.

Et c’est pourtant ce qui se profile ! Des aides massives aux sociétés qui précisément sont les plus responsables de ces dérèglements, dans tous les domaines : transports, agriculture, élevage, pèche, industrie. Nos gouvernements semblent donc se préparer à financer les prochaines épidémies. Ils semblent se couper même des organismes officiels pour ne plus écouter que les entreprises les plus puissantes. Nos impôts pourrait donc bien pour renflouer prioritairement ces sociétés dont l’action favorisera les prochaines épidémies ou autres catastrophe écologique ou climatique.

Une situation aisément prévisible

Il y a 35 ans de cela, nous étions un petit groupe d’étudiants qui simplement ouvraient les yeux sur le monde, sans trop d’idéologie ou d’intérêts pour nous obscurcir l’esprit, et nous échangions nos idées pour tenter de mieux comprendre. Observant les changements en cours, nous avions déjà entrevu la dégradation de notre système de santé, le problème des retraites et du chômage, la délinquance des banlieues, l’accroissement des inégalités, la pollution et l’altération de l’environnement.

Nous n’avions aucun mérite, nous étions simplement à l’écoute de ce qui se passait, nous regardions les choses en face même lorsqu’elles ne nous plaisaient pas, nous tentions de penser en dehors des dogmes du libéralisme et du communisme, et nous en tirions des conclusions simples basées sur la logique et le bon sens, lesquelles étaient étayées par des scientifiques, des experts ou des intellectuels indépendants. D’autres avaient montré le chemin pour regarder le monde en face, de façon indépendante et humaniste, par exemple en France, René Dumont, premier candidat écologiste en 1974.

Tout le monde nous prenait pour des esprits chagrins, soit mal informés, soit mal pensants. Aujourd’hui, la réalité a de beaucoup dépassé nos craintes.

Le changement, c’est maintenant ! Si ce n’est maintenant, ce sera très bientôt : il sera alors non consenti et douloureux.

Un signe réconfortant : certains énarques commencent à se poser des questions. Michel Rocard écrivait ainsi en 2011 : « Lorsque l’effondrement de l’espèce apparaîtra comme une possibilité envisageable, l’urgence n’aura que faire de nos processus, lents et complexes de délibération. Pris de panique, l’Occident transgressera ses valeurs de liberté et de justice. » Mais Michel Rocard n’est plus, et d’autres énarques s’occupent de notre pays depuis.

Les solutions sont pourtant là, à notre disposition !

Ce qui me met en colère, c’est qu’une économie moderne, mettant à profit les sciences et les technologies, au service de l’être humain et respectueuse de l’environnement, nous savons aujourd’hui ce que cela peut être, nous en avons les moyens : ce qui entrave ce changement semble juste la puissance d’un petit nombre d’intérêts privés. Des intérêts privés auxquels le système actuel profite, qui n’ont pas encore pris conscience de l’ampleur du problème, en sont encore à faire croire que le système actuel tiendra, et tentent de nous convaincre qu’il n’y a pas d’autre système possible (et qui hélas, globalement, y parviennent).

Cette nouvelle économie, responsable, durable, au services des hommes, tout le monde y trouvera bien évidemment son compte, même si elle implique des changements énormes dans nos modes de vie, nos habitudes de consommation, et surtout notre mentalité : nous devons de toute urgence cesser de croire que notre système économique est bon et qu’il est le seul possible. Nous devons renoncer à consommer à outrance comme nous le faisons, renoncer à circuler et à faire circuler les marchandises comme nous le faisons, renoncer à faire renoncer à faire disparaître la nature des quelques lieux où elle subsiste encore pour les occuper, renoncer à produire autant de déchet, à polluer autant. Des êtres humains tels que nous sommes actuellement, apprentis-sorciers aveugles, enfants gâtés et inconscients (je parle des gens riches des pays riches, les autres ne sont pas aussi gâtés et pas aussi inconscients), aucun écosystème ne pourra jamais encaisser cela, aucune planète ne pourra jamais supporter cela plus de quelques années.

Si nous voulons un travail pour demain, un travail dont nous savons qu’il pourra durer parce qu’il respecte les équilibres auxquels nous sommes soumis, un travail dont nous pouvons être fiers des conséquences non pas seulement à court terme sur notre compte en banque et notre statut social, mais à long terme pour l’humanité, la nature, la planète, alors cette crise est le signal et l’opportunité.

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